femme qui baille

Nous dormons de moins en moins : progrès ou danger ?

 

Un adulte actif dort en moyenne 6h30 aujourd’hui alors qu’il dormait 8h dans les années 60 et 10h dans les années 20. La durée du sommeil va-t-elle continuer à baisser ? Dormir serait-il une perte de temps ou une faiblesse que la science pourrait vaincre? N’a-t-on pas tendance à glorifier celui qui «n’a besoin que de 4 heure par nuit» ? Et qui n’a pas rêvé de tout ce qu’il pourrait faire s’il pouvait moins dormir ! Aujourd’hui, le mot d’ordre est 24h/24, 7j/7, que ce soit pour les sollicitations d’ordre professionnelles ou pour les loisirs. C’est comme si nous vivions dans «un univers dont toutes les ampoules auraient été allumées sans plus aucun interrupteur pour les éteindre», comme dans Solaris*, écrit Jonathan Crary dans son essai brillant «24/7». Peu de «vide» mais la production et l’exposition incessantes.
Aujourd’hui, qui le veut, peut consommer, être en réseau …24h/24. Le sommeil s’oppose à cette logique, alors est-il en voie de mutation, «d’hybridation»? Serait-il comme une «forêt» exploitable? La vie sans pause serait-elle un idéal ? Allons-nous privilégier «l’hyperconnection» extérieure ? Jonathan Crary tire la sonnette d’alarme pour protéger cette part «non manageable» de notre humanité.

Qu’est-ce qu’un bon sommeil ?
La plupart entre nous, adulte actif, avons besoin de 5 cycles de sommeil par nuit (soit 5 x 1h30), c’est-à-dire 7h30. Sommeil régulier. Ecouter les signaux d’endormissement. Favoriser un bon environnement nocturne : pas de lumière, pas de bruit, pas d’écran ! Dormir autant que vous en avez besoin et de compenser par une sieste ce qui manque.

On le sait, les privations de sommeil sont aussi une torture. Le lien stress et sommeil est essentiel. Moins de sommeil = plus de cortisone et d’adrénaline = augmentation du rythme cardiaque, de la tension… des réactions typiques du stress. Ne pas dormir assez, est un stress. Les états d’insomnie encadrés par des scientifiques ont très vite été accompagnés de déficits psychiques. Au bout d’une semaine, le manque de sommeil altère le fonctionnement de nos gênes et globalement notre état de santé. Notre vigilance et notre sagesse aussi : «chaque erreur importante que j’ai faite dans ma vie, je l’ai faite parce que je j’étais trop fatigué» reconnait Bill Clinton qui ne s’accordait que 5h de sommeil par jour. La fondatrice du Huffington Post fait campagne aujourd’hui, partout dans le monde occidental, pour alerter sur les risques du manque de sommeil chronique de ses contemporains. Risques qu’elle a pu vérifier elle- même au retour d’un voyage où elle s’est effondrée de fatigue et réveillée la tête dans une mare de sang.

Depuis, elle ne cesse de vanter les bienfaits d’un bon sommeil réparateur et des siestes quotidiennes qu’elle a mises en place dans sa vie. Comme bien d’autres personnages célèbres avant elle : de Léonard de Vinci, Napoléon, à Einstein et Churchill en passant par De Gaulle. Car le sommeil n’est pas que le réparateur de notre système, il impacte aussi notre vie intérieure, notre humeur, notre confiance en nous, notre vue d’ensemble, notre relation aux autres… Des chercheurs de Berkeley ont démontré ce que nous savons déjà : en dormant pas assez ou mal, nous sommes moins patients, moins tolérants et développons moins d’empathie…. et risquons de provoquer des accidents. Par exemple, au bout de 3 jours d’une heure de sommeil en moins, le risque de crise cardiaque s’accroit considérablement. Alors faisons comme eux l’éloge du sommeil, du rêve et de l’abandon dans les bras de Morphée. Fermons les yeux, partons ailleurs, arrêtons le moteur et redécouvrons les plaisirs et les pouvoirs du sommeil !
Dormez bien !

Ref. Harvard Medical School – Inserm – Berkeley University – «24/7» de Jonathan Crary (Ed. Zones) – «Thrive, the third metric to redifining success» d’Ariana Huffington.

On dort pour récupérer :
notre système nerveux se réorganise, les sécrétions hormonales s’équilibrent, nos cellulles, nos muscles et notre peau…se regénérent. Pour rêver et nous ouvrir au monde du merveilleux.